VOIR UNE FEMME NUE
Voir une femme nue
C’est une merveille
Et c’est l’inconnu
Qui joue du soleil
Sur le piano du temps
La fleur de l’instant

Voir une femme nue
Dans le bleu de la nuit
Oh c’est l’infini
Qui doucement remue
Vous passe sous la peau
Vous caresse les os

Voir une femme nue
Dans le rose du soir
C’est l’île au trésor
C’est jeter un sort
Voir une femme nue
C’est la perle rare

Voir une femme nue
C’est se souvenir
De qui tu étais
Avant de devenir
De devenir quelqu’un
Quand tu étais rien
Que tu avais tout
Et que tout t’aimait
Et que rien ne manquait
Voir une femme nue

Voir une femme nue
C’est l’eau à la bouche
L’amour qui fait mouche
Voir une femme nue

Voir une femme nue
C’est pure gaieté
Dans les veines champagne
Se met à pétiller
Voir une femme nue
C’est la fragilité
Plus forte que l’épée
Les yeux étoilés
Pleins d’immensité
Voir une femme nue

Voir une femme nue
C’est se mettre à prier
Même quand on sait pas
Prier Dieu sait quoi
Les fous et les rues
Les oiseaux et les malfichus
Voir une femme nue

Voir une femme nue
C’est le diable qui accouche
D’un ange en babouches
C’est une photo d’Edouart Boubat
La vacance qui va
Voir une femme nue

C’est la fin des guerres
Les roses rouges sur les revolvers
Voir une femme nue
C’est dans un bain mousse
Le bonheur qui glousse

Voir une femme nue
C’est perdre ses mots
Les doux puis les gros
C’est rester bouche bée
Voir une femme nue
Oh c’est la beauté
Qui joue du Django
Sur l’œil fasciné
Du mont des Cadeaux

Voir une femme nue
C’est l’origine du monde
La lumière qui inonde
Jusqu’au bout des tongues

Voir une femme nue
C’est les yeux pinceaux
Tracer ses contours
Dessiner l’amour

Voir une femme nue
C’est être inondé
De la tête aux pieds
Voir une femme nue
C’est ses jambes qui jouent
Qui jouent du Django
Sur toute ta peau

Voir une femme nue
C’est apprendre à lire
C’est se retrouver
C’est mille ans d’gagné
A l’école du sourire
Voir une femme nue

Voir une femme nue
C’est l’eau à la bouche
Le soleil qui se couche
C’est Gainsbourg pour Birkin
Un tableau de Klimt
Voir une femme nue

C’est les yeux pinceaux
Ressentir l’écho
Des courbes et des lignes
Des lignes féminines
Jusque dans les os
C’est le frémissement
Et c’est le printemps
Et c’est inouï
Et c’est inédit
Voir une femme nue

Voir une femme nue
C’est presque avoir peur
Peur de déranger
Sur la pointe des pieds
L’or de la beauté

Voir une femme nue
C’est rester bouche bée
Tout empli d’été
De la tête aux pieds
Voir une femme nue
C’est s’émerveiller

Voir une femme nue
C’est la délicatesse
Qui jazze l’imprévu
Qui à chaque respiration
Invente un son neuf,
Un son neuf et rond

Voir une femme nue
C’est presque la mort
Lorsque tout s’apaise
Lorsque tout s’embrase
Qu’on embrasse les nues
Qu’on se retrouve à l’aise
Voir une femme nue
SYLVAIN FARHI

 

CHARLOT
J’ai un faible
Pour les petits poèmes
À chaussures crevées
À pantalons trop grands
Qui marchent comme des
Canards boiteux
J’ai un faible pour le
Côté Charlot de l’existence
Pour le pissenlit mal foutu qui
Se fraie un chemin
Entre les dalles de béton
SYLVAIN FARHI

 

 

SEPTEMBRE AU SOLEIL

 

L'imaginaire ne sera plus jamais cette folle du logis

Nos gorges auront de l'océan 

Nous viderons nos stylos comme on tire des rafales

Je saignerai du rêve 

Mais je me relèverai 

Tu m'auras rappelé à ma fierté

Je te regarderai droit dans les yeux

Droit dans le coeur

Tu retrouveras toute ta noblesse

Et nous filerons vers l'or de la vie

Nous garderons secret le mystère

Nous le chouchouterons

Du côté des malades, des vieux et des enfants cancers

Nous trancherons la gorge à cette culture fadasse

Celle qui cherche à distraire

Nous jonglerons avec les têtes de quelques messieurs grands

Nous nous placerons du côté des enfants

Résolument

Du côté de l'eau et des goélands

 

Nous bafferons la moiteur de ton allure bof

Et je collerai mon poing dans tous tes humours noirs

Mon rire n'aura pas la couleur de l'espoir

Il n'espérera rien

Il ne dénoncera rien

Il n'attendra rien

Il claquera à la gueule de la peur

Et puis je partirai mains dans les poches

En sifflant tu verras

 

La spiritualité n'aura plus cette mine sérieuse

Elle osera enfin avouer qu'elle ne sait rien

Et qu'il n'y a ni plus haut ni plus loin 

Nous serons amis des cerfs des mousses et des vallées

Amis de nos rythmes cardiaques

Nous tremperons nos pieds dans les rivières

Je t'aimerai

SYLVAIN FARHI